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25 mai 2010

Formation des enseignants : contributions de chercheur

Trois questions à Gilles Baillat : Président de la CDIUFM, directeur de l’IUFM de Champagne-Ardennes

Quels sont les principes directeurs pour une formation de qualité d’un niveau master ?

Il faut tout d’abord rappeler que les contraintes imposées aux masters destinés à accueillir les étudiants qui demain souhaiteront devenir enseignants, font qu’il est aujourd’hui très difficile d’envisager des masters de qualité dans ce cadre. Avant toutes choses, il faut en effet souligner que ces masters doivent articuler 5 objectifs :

La poursuite d’études visant à permettre aux étudiants d ‘acquérir des connaissances de niveau master, sans lesquelles leur formation ne pourra être reconnue, en France comme ailleurs, comme étant de niveau master.

La préparation des différentes épreuves du concours leur permettant d’accéder à la profession enseignante ,celle-ci étant définie en France dans le cadre des règles d’accès à la fonction publique d’état (épreuves spécifiques non identiques à celles des masters, et égalité de tous les candidats)

La formation des étudiants à la recherche et par la recherche comme tous les autres masters, la recherche étant définie comme une dimension constitutive (à la différence des licences) du niveau master.

La construction des premières compétences professionnelles permettant aux étudiants lauréats du concours et du master, de pouvoir prendre en charge immédiatement et en pleine responsabilité une classe quelques semaines après leur succès au concours. Cet objectif implique entre autres, la réalisation d’un ou de plusieurs stages dans des classes.

La possibilité dans le cadre de ces masters de donner des éléments de professionnalisation (stages particuliers, contenus spécifiques, intervenants pertinents) visant d’autres débouchés professionnels que l’enseignement.

La liste de ces objectifs montre immédiatement la difficulté à les poursuivre simultanément dans le contexte des deux années de masters et leur caractère parfois contradictoire : par exemple, comment s’assurer que tous les lauréats auront bien fait des stages en classes, si les épreuves du concours ne l’exigent pas ?

II est cependant possible dans le cadre de ces contraintes, d’envisager les conditions permettant la meilleure formation possible.

En premier lieu se pose la question de la prise en charge des différentes dimensions du métier de professeur des écoles. On citera notamment l’exercice d’un métier nécessitant une formation polyvalente d’une part, la prise en charge d’élèves très jeunes (notamment pour la maternelle) d’autre part. La seconde contrainte ne pose pas de problème particulier en termes de formation universitaire de niveau master. La première est en revanche plus problématique, dans la mesure ou elle conduit à envisager l’appropriation par des étudiants de masters, de contenus considérés comme des contenus de niveau licence, voire même de niveau secondaire (pour les contenus scolaires ne relevant pas de la formation d’origine des étudiants).

La question de la formation est celle d’une formation universitaire professionnalisante qui vise donc à la formation à des compétences susceptibles d’être déployées dans l’enseignement. L’approche par compétences est donc un impératif de ces formations et doit notamment conduire à privilégier la formation en alternance.

La nécessité d’apporter, dans le cadre de leur formation initiale, une base de connaissances susceptibles de nourrir la pratique des enseignants, implique que l’on envisage cet apport sur une période plus étendue que la seule durée du master. Compte tenu en particulier des contraintes susmentionnées, la question de la place du cursus licence dans cette formation se pose des maintenant. Plus précisément, la question de la pluridisciplinarité mérite une réflexion approfondie quant à l’articulation entre le cursus Licence et le cursus Master, pour les étudiants visant les métiers de l’enseignement.

La formation universitaire et professionnelle qui se met en place nécessite des intervenants divers. Comme pour les autres masters à forte dimension professionnalisante, la formation doit pouvoir faire intervenir les « intervenants professionnels » que sont notamment les maitres formateurs, mais aussi d’autres personnels de l’Education Nationale (corps d’inspection, directeurs d’écoles d’application, conseillers pédagogiques, chefs d’établissements du second degré….) susceptibles d’enrichir les équipes pédagogiques des masters. Cela implique en premier lieu que soit réaffirmée la vocation de ces personnels à intervenir en formation initiale et que les moyens concrets de ces interventions soient pris en compte. Il serait par exemple tout à fait catastrophique que les maitres formateurs soient entièrement captés par des taches de formation pour la seule formation des Professeurs Fonctionnaires Stagiaires, ou pour la formation continue.

Les nouveaux master devront prendre en compte des contraintes générales imposées à tous les masters. En effet, tout cursus master doit intégrer les principes généraux suivants :

Un cursus construit en quatre semestres conduisant à la validation de 120 crédits ECTS

•une finalité d’insertion professionnelle, ce qui implique notamment les stages, leur évaluation dans le cadre du master, mais aussi que le diplôme permette aux non reçus au concours, des débouchés professionnels.

•Des objectifs de formation exprimés en termes de savoirs, aptitudes et compétences précisant les domaines d’emplois et champs de métiers et incluant éventuellement la poursuite des études en doctorat.

•un adossement à des équipes de recherche reconnues par les instances officielles de reconnaissance de la recherche et une intégration de la dimension recherche, en particulier en faisant de cette formation une formation par la recherche.

•une organisation conforme aux enjeux internationaux, en particulier du point de vue de la semestrialisation des études (alors que nous sommes plutôt habitués dans notre pays à leur annualisation), ainsi que du point de vue de la mobilité internationale des étudiants.

•une démarche qualité fondée sur des évaluations croisées, qui incluent notamment l’évaluation des enseignements par les étudiants.

•une cohérence de site, ce qui implique une offre concertée de formation entre les différentes universités suspcetibles de proposer, dans une ville par exemple, aux étudiants un cursus master.

Quelle forme d’alternance peut-on mettre en place ?

Il faut rappeler que les IUFM sont dépositaires d’une expérience variée en matière de formations en alternance : formation intégrant quelques périodes de stages en écoles, sur le modèle des stages 3 semaines des PE2 ; alternance hebdomadaire sur le modèle des stages filés des PE2, ou des stages des PLC2. Cette expérience conduit à privilégier les modalités qui se rapprochent le plus de l’alternance intégrative, et à ne pas encourager l’alternance juxtapositive. En d ‘autres termes, le stage ne présente un intérêt que dans la mesure où il est intégré aux autres dimensions de la formation. Pour cela, ce stage doit être préparé et exploité avec ceux qui assurent les formations théoriques. Cette exigence pose donc aussi la question des acteurs de la formation et en premier lieu la question des « formateurs professionnels » qui interviennent dans les masters. Pour la formation des futurs enseignants du premier degré c’est donc aussi la question des actuels maîtres formateurs qui, il faut le rappeler, est posée, non seulement quant à leur place en général dans la formation initiale mais aussi au niveau plus précis de leur intervention dans les Unités d’Enseignement des masters, unités d’enseignement qui prévoient des moments de préparation et d’exploitation des stages.

Dans quelle structure et avec quel fonctionnement doit se dérouler la formation des enseignants ?

Il peut être intéressant d’évoquer d’autres exemples de formation universitaire de professionnels, pour bien poser la question des structures. De nombreuses professions (médecins, métiers de la santé, ingénieurs, gestionnaires, …) sont en effet constituées de professionnels ayant recours à des savoirs universitaires tout en les « capitalisant », du point de vue de la formation des compétences, dans des facultés, écoles ou instituts spécifiques. Les médecins utilisent ainsi de nombreux savoirs scientifiques pour lesquels les facultés de sciences sont des référents naturels tant pour la production de ces savoirs que pour leur transmission, mais il ne viendrait à l’idée de personne aujourd’hui de former les médecins dans les facultés de sciences et d’abandonner les facultés de médecine !

Il en va de même pour les enseignants : dans la mesure , il est vrai, où l‘on considère que l’enseignement est un métier de haut niveau requérant non seulement des connaissances et des compétences spécifiques mais aussi une « capitalisation » particulière de ces connaissances et compétences, l’apprentissage de ce métier nécessite une structure particulière. On pourrait donc être amené à tenter de l‘imaginer…si elle n’existait déjà ! les IUFM en effet ont été créés pour cette fonction, à un moment (1990) où commençait à se développer avec force, l’exigence de l’universitarisation de cette formation des enseignants. Aujourd’hui, alors que cette universitarisation s’accomplit totalement dans la reforme de la masterisation, les IUFM trouvent toute leur place dans le nouveau dispositif, comme pôles de références aux métiers de l’enseignement et de la formation au sein des universités. C’est cette conviction très fortement partagée au sein de la communauté universitaire, y compris au sein de la Conférence des Présidents d’Université, qui explique le souhait largement partagé d’une reforme des IUFM et non d’une disparition de ces instituts.

La place essentielle des IUFM dans le dispositif à venir n’implique cependant pas un monopole de la formation des enseignants exercé par ces instituts. Il est en effet tout à fait possible que d’autres structures de l’Université puissent reprendre à leur compte, en particulier pour la formation des enseignants du second degré, les exigences évoquées ci-dessus, en matière de qualité de formation. Mais ce travail peut tout à fait être réalisé en collaboration étroite avec les IUFM, sur la base de leur expérience et de leur savoir-faire en matière de formation univeristaire professionnalisante.

Il faudra de toutes façons, pour toutes les structures qui visent à la formation des enseignants de demain, répondre aux exigences nées de la complexité de la reforme et des contraintes spécifiques par rapport aux autres masters, qu’elle fait naitre. La nouvelle formation diplomante devra en effet tenir compte des 5 contraintes évoquées au début de ce texte et donc en premier lieu, assurer une interlocution satisfaisante avec les services académiques. Pour le cas de la formation des enseignants du premier degré, cette interlocution renvoie à de multiples dimensions, qui sont souvent autant de contraintes pour les uns et les autres, et autant de malentendus possibles :

Comment assurer la mise en stage des étudiants de M1 et de M2, sans perturber le cursus des études, ni le fonctionnement scolaire ordinaire ? Comment concevoir des stages en responsabilité, qui permettent de tenir compte à la fois des opportunités de formation continue des enseignants qu’offrent ces stages étudiants mais aussi les enjeux de formation de ces stages pour les étudiants ?

Comment basculer d’une logique de stages de fonctionnaires stagiaires (les ex-PE2) à une logique de stages étudiants, les étudiants n’étant pas, comme les fonctionnaires stagiaires, inscrits dans la même logique contractuelle en matière de responsabilité des classes ?

Comment organiser le travail de formation des maitres formateurs, en matière de formation initiale (dans les masters) mais aussi pour la nouvelle formation continuée que représente le statut de professeur stagiaire ?

De manière générale c’est bien la question de l’ensemble des relations existant entre l’Université (de fait dans le cas des futurs enseignants du premier degré, les IUFM) et les services académiques qui se trouve posée, dans des termes nouveaux : alors en effet que de nombreuses questions étaient jusqu’à aujourd’hui, réglées, d’une manière ou d’une autre, dans une connivence de fait entre les IUFM et les Inspections Académiques, il faudra demain inscrire ces questions dans une logique beaucoup plus formalisée (en clair, dans des conventions) sans lesquelles de nombreuses perturbations risquent de naitre de la mise en œuvre de cette reforme.

 

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